jeudi 10 mars 2016

MITTERRAND ET ALLENDE PAR CLAUDE ESTIER


Depuis mon arrivée, j’avais demandé une audience au nouveau président de la République. Il me reçoit le 19 novembre, chaleureux, me montrant l’un après l’autre les objets, livres, sculptures, fanions qu’il a reçu en cadeau après son élection et qui occupent tout un angle de son grand bureau de la Moneda. L’absence d’interprète rend la conversation plus intime et, très vite, presque familière. Après m’avoir raconté, par le menu, le long processus électoral qui l’a porté au pouvoir, Allende se fait grave et m’ayant prié de ne pas reproduire ses propos en raison des conséquences immédiates qu’ils peuvent avoir, il me dit ceci que j’ai noté mot à mot : « l’Unité populaire s’est engagée à opérer des changements profond en respectant la légalité. Le problème est qu’elle ne dispose pas de la majorité au parlement. Deux hypothèses peuvent donc se présenter : ou bien la démocratie chrétienne accepte d’appuyer les réformes et tout se passera normalement, ou bien elle refuse, s’allie à la droite conservatrice et dans ce cas, nous aurons recours au référendum pour que le peuple dise lui-même s’il veut ou non des réformes. De toute façon, nous sommes décidés à appliquer notre programme. Quoi qu’il arrive (pasa lo que pasa) ! Et plutôt que de procéder par petites étapes, où nous risquerions de nous user, nous allons attaquer de front et très rapidement. »

Avant que je prenne congé, Allende me parle de François Mitterrand. Il a été lui-même quatre fois candidat de la gauche aux élections présidentielles avant d’être élu. « C’est une affaire de patience, me dit-il, et de persévérance dans le combat. » Et il ajoute en me raccompagnant jusqu’au salon où attend l’aide de camp : « Il faut absolument que Mitterrand vienne ici. J’aurai une grande joie à le connaître et nous aurons beaucoup de choses à nous dire. »

Cette phrase ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Dès mon retour à Paris, je la rapporte à François Mitterrand en lui faisant un récit de mon séjour à Santiago. Le calendrier politique ne permet pas de déplacement immédiat mais au lendemain du congrès d’Épinay, nous reparlons du projet qui prend corps à l’automne 1971 : le premier voyage du premier secrétaire du nouveau Parti socialiste sera pour le Chili où je retourne avec lui et Gaston Defferre, un an jour pour jour après mon premier voyage.

Le hasard du calendrier veut que notre arrivée coïncide avec celle de Fidel Castro. Nous allons le rencontrer le soir à la réception de la Moneda où se presse une foule d’hommes politiques, de diplomates, de journalistes. C’est ma seconde rencontre avec le leader cubain mais à cette réception officielle je le retrouve beaucoup plus cérémonieux, sanglé dans uniforme beige. Au milieu des photographes qui se bousculent pour saisir cette rencontre imprévue, je songe au symbole que représente le fait que le premier déplacement à l’étranger du nouveau leader du socialisme français le mette simultanément en présence de Salvador Allende et de Fidel Castro.

Un moment important de notre visite se situe le lendemain, au déjeuner qu’Allende a organisé en l’honneur de la délégation du PS et auquel il a convié quatre ministres : Jacques Conchol (Réforme agraire), Clodomiro Almeyda (Affaires étrangères), José Toya (Intérieur) et Pedro Vuscovic (Économie) et les dirigeants de tous les partis de l’Union populaire, ce qui nous permet immédiatement une prise de contact générale dont nous tirons une série de rendez-vous devant nourrir notre programme jusqu’à la fin de notre séjour.

Avant de passer à table, le président chilien entraîne Mitterrand dans un coin du salon pour un premier entretien dont l’interprète, parfaitement coopératif, n’est autre que l’ambassadeur de France, M. de Saint-Léger. J’assiste à la conversation, ce qui me permet de noter l’essentiel de ce dialogue : 
– Mitterrand : Le Parti socialiste français souhaite parvenir à la conclusion d’un programme commun de gouvernement de toute la gauche comme vous l’avez fait vous-même. Ce n’est donc pas par hasard que nous avons réservé au Chili notre premier voyage.

– Allende : Nous apprécions votre venue car nous avons un urgent besoin de rompre l’isolement auquel la géographie et la politique risquent de condamner le Chili.

– Mitterrand : Nous sommes frappés par un certain nombre de similitudes qui existent, sur le plan politique en tous cas, entre le Chili et la France.

– Allende : Le Chili est le pays d’Amérique latine le plus évolué politiquement. Son Parlement existe depuis cent soixante ans. Le Front populaire de 1938 a été la première expérience qui a permis d’associer les classes moyennes au pouvoir. Aujourd’hui, dans l’Unité populaire, on retrouve les mêmes partis de gauche, marxistes et non marxistes, avec, en plus, la gauche chrétienne qui représente un apport nouveau d’une importance considérable. Mais alors qu’en 1938 nous voulions simplement être la gauche du système capitaliste, aujourd’hui nous voulons être le facteur dynamique du changement de système. (Allende entre alors dans les détails comme s’il éprouvait le besoin de s’expliquer tout de suite.) Un premier objectif est de récupérer toutes les richesses qui étaient aux mains du capital étranger : le cuivre, le nitrate, le charbon, etc. Ensuite, nous avons étatisé 95 °/o de la banque privée et éliminé la représentation de celle-ci au sein de la Banque centrale. En troisième lieu, nous avons, en un an, exproprié 2 400 000 hectares de grandes propriétés terriennes pour les donner aux paysans sans terre et, dès l’an prochain, nous en finirons avec les « latifundios ». Enfin, nous avons créé une organisation d’État pour la distribution commerciale, nous nous sommes assuré le contrôle du système monétaire et des principaux monopoles.

– Mitterrand : Comment avez-vous résolu le problème de la distribution commerciale ?

– Allende : Il y a au Chili de grandes entreprises de distribution privées mais nous avons créé une entreprise d’État parallèle et nous en avons acheté une autre qui était aux mains du capital étranger. Nous n’avons pas l’intention de nationaliser tout le commerce. Notre programme fondamental- et c’est là la différence avec ceux d’autres expériences socialistes – prévoit l’existence simultanée de trois secteurs dans l’économie : un secteur socialiste, un secteur mixte, un secteur privé. Il y a au Chili 35 000 entreprises. Nous avons l’intention d’en nationaliser 160 qui représentent, il est vrai, 60 de l’activité économique.

– Mitterrand : Comment pratiquez-vous pour nationaliser entreprises ?

– Allende : Nous avons choisi une méthode qui n’est agréable à la droite parce qu’elle ne peut pas crier à la spoliation. En fait, nous achetons les actions de ces entreprises nous sommes à l’intérieur d’un système capitaliste et nous voulons rester dans la légalité. Nous payons d’ailleurs les un taux plus élevé que leur valeur boursière.
Allende expliquait ensuite le sens du projet qui venait d’être déposé par son gouvernement et qui visait à remplacer les Chambres existantes par une Assemblée unique élue par grande circonscriptions correspondant aux régions économiques. Le but était à la fois de simplifier la procédure parlementaire, de démocratiser la représentation et d’établir des incompatibilités entre le mandat de député et l’exercice de certaines fonctions privées. Un peu plus loin dans son exposé, il insistait sur la liberté de la presse qui existait au Chili. « Vous allez vous ruiner si vous achetez tous les journaux qui m’insultent quotidiennement.  » (Lors d’un autre entretien, deux jours plus tard, il nous raccompagnera lui-même jusque dans la rue et, s’arrêtant devant un kiosque à journaux face au palais de la Moneda, il nous montrera le numéro d’El Mercurio largement affiché avec un titre tout à fait injurieux à son égard.)

– Mitterrand : Précisément, nous attachons la plus grande importance à cette synthèse que vous réalisez entre les réformes de structure et le maintien des libertés démocratiques. Le problème est bien de savoir si on peut réussir le socialisme en changeant les structures économiques et en préservant la démocratie.

– Allende : C’est pourquoi notre chemin vers le socialisme est tout à fait nouveau. (Et il répétait alors, presque mot pour mot, ce qu’il m’avait dit un an plus tôt : ) Voyez-vous, j’ai une grande admiration pour Fidel Castro. Je suis heureux de l’accueillir en même temps que vous à Santiago. Mais je peux dire que nous avons fait, dans la légalité et sans violence, beaucoup plus en un an que ce qui a été fait en plusieurs années à Cuba et cela bien que nous n’ayons pas de majorité au Parlement et qu’une partie de la presse soit contre nous. »

Presque tout avait été dit au cours de ce premier tête à tête et nous avons pu ensuite vérifier, au cours de multiples rencontres et visites, qu’Allende avait fort bien décrit le processus en cours. Je souligne « presque tout » parce qu’il n’avait fait qu’effleurer un autre sujet sur lequel il allait revenir longuement par la suite en des termes qui ne cessaient de nous étonner, Mitterrand, Defferre et moi : l’attitude des forces armées à l’égard de l’Unité populaire. À plusieurs reprises, il nous expliqua que l’armée chilienne était traditionnellement loyaliste, qu’elle s’était toujours cantonnée dans un rôle professionnel. Quand nous lui posâmes la question de savoir comment il pensait pouvoir avancer dans l’application du programme de la gauche avec une majorité hostile au Parlement, il nous répondit : « De toute façon, l’armée est avec le gouvernement. Elle ne bougera pas. L’armée chilienne n’est pas une armée de pronunciamento ! »

En était-il convaincu ou cherchait-il lui-même à se persuader qu’il n’aurait pas d’ennuis de ce côté-là ? Ou encore prenait-il pour un soutien de l’armée celui que lui apportait, sans aucun doute, le général Prats, chef d’état-major général ? Toujours est-il qu’il multipliait les gestes à l’égard des chefs militaires qu’il nous avait même fait rencontrer au cours d’un autre déjeuner à la Moneda. Aucun de nous trois ne s’est souvenu par la suite si Pinochet était présent ce jour-là, ce qui est probable puisqu’il était l’un des adjoints du général Prats.

En novembre 1971, et malgré les difficultés qui commençaient à s’accumuler, Salvador Allende ne pouvait pas prévoir l’issue fatale de l’Unité populaire à laquelle, le jour venu, il a su faire face, le fusil à la main avec un courage qui a fait de cet homme tranquille un héros de légende. Je sais en tout cas que, du premier au dernier jour où il a été au pouvoir, il n’a pensé qu’à son peuple et à l’immense espoir dont il était devenu le symbole. Jusqu’à la fin, il a cru qu’il pourrait redresser la situation dont nous savions qu’elle ne cessait de s’aggraver, notamment avec la grève des camionneurs, financée par la CIA et qui conduisait peu à peu à la paralysie économique.

À l’automne 1972 j’avais, avec François Mitterrand, déjeuné à l’ambassade du Chili à Paris à la table de Pablo Neruda. Déjà sérieusement atteint par la maladie qui le rongeait, il nous avait dit sa tristesse de ne pas parvenir à être entendu du gouvernement français et ses craintes pour l’avenir de son pays que l’incompréhension de ses créanciers - dont la France de Pompidou- acculait à l’asphyxie.

L’expérience chilienne aurait-elle connu le même dénouement si Allende avait eu un peu moins confiance dans les militaires qui l’entouraient, s’il avait eu aussi moins de passion pour cette liberté d’expression dont ses ennemis ont si bien su se servir pour l’abattre ? La moindre mesure d’autorité qu’il aurait prise, le moindre acte de répression auraient, certes, provoqué aussitôt les protestations indignées des grandes consciences qui ne manquent pas à travers le monde. Force est de constater que la plupart d’entre elles sont demeurées bien silencieuses lorsque Pinochet a entrepris de faire régner l’ordre à Santiago avec une dictature féroce qui aura duré dix-sept ans.

SALVADOR ALLENDE PAR CLAUDE ESTIER

D’heure en heure, pendant la conférence de presse du B.r.e.i.s., ce Bureau régional d’études et d’information créé par nos députés bretons, puis pendant le meeting de la salle des Lisses, les journalistes présents me communiquaient les dépêches. Peu avant minuit, j’apprenais le suicide de Salvador Allende.

Ce matin, j’écoute les radios, je lis les journaux. Les informations filtrées par les rebelles sont sujettes à caution. Mais il est clair qu’ils tiennent la capitale et les principaux centres. Ce « golpe » savamment préparé et que l’on pressentait depuis des mois, l’histoire du Chili en démentait l’approche : deux coups d’Etat en cent-cinquante ans et l’un avait échoué au bout de quelques jours. L’autre, qui en 1891 avait chassé le Président Balmaceda, apparaissait comme l’exception qui rehaussait les traditions et les structures démocratiques du pays. Dans la galerie du Palais de la Moneda qui conduit au bureau du Président sont alignés les bustes des anciens chefs d’Etat. Salvador Allende me les présenta lors de la visite qu’avec Gaston Defferre et Claude Estier je lui fis en 1971. Je me souviens qu’il s’arrêta devant celui de José Balmaceda. « C’était un conservateur, dit-il, élu par la droite de l’époque, la droite de toujours. Mais ce conservateur qui était aussi un légiste ne put supporter l’atteinte au droit. Il se tua. Tous les Chiliens respectent sa mémoire. Son acte héroïque appartient à la conscience de notre peuple. Je pense qu’en se perdant, Balmaceda a sauvé l’essentiel ».

Quelques heures avant notre départ, Allende nous demanda de revenir le voir. Gaston Defferre et Claude Estier n’ont pas plus oublié que moi ce moment. Debout derrière son fauteuil, accoudé au dossier, il parla longtemps. Ce ton grave, cette description précise des obstacles qu’il rencontrait, des affronts qu’il recevait, ce sentiment de solitude face au blocus américain, cet appel passionné à la compréhension, à l’amitié des démocraties, à la solidarité des hommes libres, nous ont laissé une impression profonde. Nous étions devant l’homme qui incarnait cette expérience insolite, la Révolution dans la légalité. L’angoisse qu’il exprimait n’ôtait rien à la résolution. Cette foi dans la raison de l’homme et dans la marche inéluctable des sociétés vers le progrès, que pèse-t-elle désormais tandis que sur l’autre plateau il y a maintenant la mort de Salvador Allende ? Nous n’avons pas fini de répondre à cette question que des millions d’hommes sur la terre poseront demain avec plus d’impatience et de colère encore.

Un reporter m’interroge : « N’est-ce pas la preuve qu’une expérience socialiste de ce type n’est pas viable ? » Je lui réponds « N’est-ce pas la preuve que la droite et ce qu’elle incarne, le pouvoir de l’argent et la dictature d’une classe, ne reconnaît pour loi que la sienne, la loi non écrite mais irrévocable de la jungle ? » Salvador Allende a été élu président du Chili selon les normes constitutionnelles. La majorité populaire qui l’a désigné a été confirmée par le vote du Parlement. Il a constitué son gouvernement d’Unité populaire avec les socialistes, les communistes, les radicaux, les sociaux-démocrates et les chrétiens de gauche qui avaient soutenu, présenté sa candidature. Je ne connais pas le nom d’un seul responsable politique d’opposition, d’un seul prêtre catholique, d’un seul journaliste qui ait été persécuté, mis en prison pour délit d’opinion. Le général Schneider, commandant en chef, a été assassiné peu après l’élection du nouveau président. On accusa l’extrême gauche. Mais la vérité s’imposa : l’extrême droite avait voulu par ce crime soulever l’armée. Déjà le putsch. Le général Viaux, instigateur de l’attentat et condamné comme tel, a été libéré après deux ans et demi de prison. Il était ces derniers jours dans un pays voisin du Chili : je suppose qu’il est de retour. Un complot fomenté par le groupe capitaliste américain l.t.t. et par la C.i.a. fut éventé de justesse. Un régiment marcha contre le Palais, tira dessus, abattit les passants et quelques sentinelles avant de se rendre. L’aide de camp d’Allende, son ami, fut, chez lui, éventré, coupé en deux, par des balles de mitraillette. Le Parlement vota à l’unanimité la nationalisation du cuivre. Les Etats-Unis gelèrent le marché. Dans ce pays qui a, de tout temps, importé une large part de ses produits alimentaires et où se perpétuaient d’immenses domaines (une seule famille possédait plus de 500 000 hectares), le gouvernement démocrate-chrétien du prédécesseur d’Allende, Eduardo Frei, avait édicté une loi expropriant les possesseurs du sol au-dessus de 80 hectares irrigués. Allende appliqua la loi : on lui reprocha d’organiser la famine.

Sur la place du Palais, sous les fenêtres d’Allende, j’ai acheté un soir, à Santiago, le plus grand journal, propriété du plus grand banquier, et qui titrait, toutes colonnes à la une : « Salvador Allende, escroc ». II n’y eut pas de poursuites pour « offense au chef de l’Etat ». Liberté de la presse ! Deux postes de radiotélévision sur trois appartenaient aux partis d’opposition qui s’en servaient pour inciter à la violence. L’un avait été fermé plusieurs mois, mais cette semaine Allende avait autorisé sa réouverture.

J’écris ces lignes en hâte. Notre journal les attend. Je n’aime pas écrire vite et sur Salvador Allende il y a tant à dire. Il fut le jeune ministre de la Santé dans le gouvernement de Front populaire de 1938. Parlementaire, président du Sénat, trois fois candidat à la présidence de l’Etat avant d’y parvenir, il pouvait se contenter d’être important. Mais il fut aussi le premier à rejoindre Fidel Castro et « Che » Guevara dans le grand combat qu’il symbolise à son tour parmi les héros d’une Révolution qui annonce les temps nouveaux en Amérique Latine.

On discutera plus tard de ce qui aurait pu être par rapport à ce qui a été. On fera le compte des réussites et des échecs. Mais, en cette matinée de deuil, je pense que s’il est d’autres richesses que l’or et l’insolence, le monde est plus pauvre aujourd’hui.

dimanche 20 septembre 2015

LE PONT SALVADOR-ALLENDE BAPTISÉ DANS L’ÉMOTION

INAUGURATION DU PONT SALVADOR-ALLENDE À NARROSSE 

« Je me souviens de ce matin de poudre et de sang, ce maudit 11 septembre 1973 où commence pour nous la mort, l'exil et la solitude. Jusqu'au moment du coup d'État, je n'étais qu'une simple sympathisante de gauche, issue du milieu lycéen. Mais ce mardi a déterminé à jamais mon engagement pour la justice et la liberté. »

L'amour, puis le drame

Au fur et à mesure qu'elle évoque ses souvenirs,
avec parfois des sanglots dans la voix, le silence devient poignant. Chacun a conscience de vivre un moment rare. « Ce jour-là, je n'avais pas cours et j'étais restée à la maison. Lorsque j'ai ouvert la fenêtre de ma chambre, j'ai vu mon père dans le jardin, assis comme quelqu'un qui souffre. Un poste de radio à la main, il m'a dit de ne pas bouger et d'écouter «El Chicho», le nom affectueux que nous donnions à notre président. “Il va s'adresser à nous, et c'est peut-être la dernière fois”. » Désobéissant aux consignes données par son père, Yazmin intègre le mouvement de la gauche révolutionnaire. C'est là qu'elle fait la connaissance de celui qui deviendra son mari. « J'avais souvent des contacts avec le même camarade. C'est quelqu'un qui me troublait. J'aimais un peu trop son regard, ses mains, ses longs cheveux, son humour. Ma vie devenait un volcan en pleine ébullition. J'étais une militante passionnée et voilà que maintenant j'étais une jeune fille follement amoureuse ! Nous nous sommes mariés le 6 octobre 1975, mais un mois et demi plus tard, la police secrète de Pinochet a arrêté Humberto. »

Yazmin décide de se rendre à la morgue, regarde les fiches des cadavres non-identifiés et découvre le corps allongé de son mari avec celui de son ami, Herman Carrasco, étudiant en journalisme de 28 ans. « Je tournais autour de lui, je ne voulais pas le quitter. Je ne sais pas à quel moment le médecin légiste m'a demandé de sortir. Quelques jours plus tard, le 22 décembre, j'étais à Paris, j'avais juste 18 ans. Ce jour-là, a commencé pour moi un nouveau combat, celui de la mémoire. »

Tendre la main

Après des études à Bordeaux, Yazmin se reconstruit. « J'ai appris à aimer la vie, grâce à la solidarité du peuple français. Ici, j'ai appris à être heureuse et à travailler avec passion, sans jamais oublier mon pays et le peuple chilien, sans jamais m'écarter du combat politique ni des valeurs humanistes de notre camarade. Merci Salvador Allende. » Un long silence prolonge son intervention, puis un interminable moment d'applaudissements se déclenche. Gabriel Bellocq, maire de Dax et représentant du Conseil départemental, lui succède. « Yazmin, vous n'êtes pas là par hasard. Aujourd'hui, je pense aux Chiliens réfugiés dans notre pays. La France est une terre d'accueil et il est facile de faire un parallèle avec ce que nous vivons actuellement. Notre devoir est de tendre la main. C'est l'honneur de la France. »

Philippe Malizard, le sous-préfet de Dax, évoque les 11 septembre de l'histoire. Celui de 1973 bien sûr, celui de 2001, mais aussi ceux de la naissance de Ronsard et de Bachar el-Assad. La cérémonie prend fin. L'heure est à la révélation de la plaque du pont que les automobilistes ont découvert dès hier matin.

Merry Chivot

mardi 19 mai 2015

ENTRE ICÔNE ET FANTÔME, SALVADOR ALLENDE, UN GRAND-PÈRE PAS ORDINAIRE

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Si elle a réalisé un documentaire, c'est qu'elle a ressenti le besoin d'enquêter sur son nom et d'explorer le passé d'une famille qui s'est délitée, reconstruite, décomposée, recomposée dans la douleur des années d'exil, après le coup d'Etat de Pinochet en 1973.
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Elle a grandi loin du Chili. Au Mexique. Sans rien savoir de son grand-père, héros et martyr du peuple chilien, qui s'est suicidé dans son palais présidentiel pilonné par les putschistes. Pendant les années 70, celles de l'enfance de Marcia, Salvador Allende est devenu une icône pour les peuples opprimés. Quand son épouse se déplaçait en Amérique du Sud ou ailleurs, les foules s'enflammaient. « Comme pour les Beatles. Tout le monde voulait l'approcher, lui parler, la toucher, raconte sa petit-fille. Allende était vénéré, il était intouchable. Personne ne le critiquait jamais. Ça lui ôtait toute réalité. Ça m'a donné envie d'en savoir plus. D'autant que dans notre famille, personne ne parlait jamais du passé. »
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Sur la plage de Cannes où elle raconte son histoire, la petite fille d'Allende, qui est aujourd'hui une femme de 43 ans, s'excuse de garder ses lunettes noires. Plusieurs hyppothèses : les cernes, la fatigue du voyage, le décalage horaire, le soleil un peu pâle, le vent ou l'émotion incontrôlable. Son documentaire, Allende mi abuelo Allende, est un drôle d'objet, pas très bien ficelé, pas très bien filmé, mais qui impressionne par la douleur insoutenable qu'il fait jaillir au cours d'interviews parfois tendues. « Je me suis lancée dans ce projet parce que tout était douloureusement enfoui. Dans ma famille, personne n'évoquait cette époque. Même ma mère, la fille de Salvador, a toujours évité le sujet quand j'essayais de l'aborder. »

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Quand le Chili retrouve la démocratie, en 1988, le clan Allende, que la vie a dispersé, est accueilli par un pays en liesse. Le corps de l'ancien président est déménagé de sa sépulture anonyme à Vina Del Mar pour connaître enfin la dignité de funérailles nationales. Mais loin des célébrations politiques, la famille peine à se retrouver, à faire son deuil et à sortir du traumatisme. Dans le documentaire, la parole ne se libère pas facilement et les phrases sont souvent interrompues par la pudeur, l'agacement ou les larmes.
Au risque de se mettre tous les siens à dos, la petite-fille s'est accrochée pendant huit ans, elle cherche à faire surgir des images de Salvador Allende et des siens là où la dictature de Pinochet a tout brûlé et tout effacé. Elle convoque aussi un autre fantôme, celui d'une de ses trois filles, Beatriz, qui, enceinte, resta aux côtés de son père pendant l'assaut des putschistes dans la palais de la Moneda. Et se suicida à son tour, en 1977, pendant son exil à Cuba.
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Allende mi abuelo Allende enregistre les réticences des uns et des autres à rouvrir le dossier et à revenir sur des souffrances profondes. Le tournage du film a été interrompu plusieurs fois. Notamment par la mort de l'épouse de l'ancien président, Hortensia Bussi (à 94 ans) que sa petite-fille a interrogée quasiment sur son lit de mort, dans des séquences d'une tristesse à la limite du soutenable.
Sans fouiller beaucoup l'histoire du Chili, Marcia Tambutti dresse le portrait d'un animal politique. Salvador Allende, homme du peuple que l'histoire a figé dans le rôle du héros positif et qui entraînait femme et enfants dans le tourbillon des campagnes électorales et des espoirs innombrables qu'il faisait naître.
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« Je voulais recréer la trajectoire et l'intimité de ce leader hors du commun. Les gens entretenaient avec lui une relation hors du commun. Il parcourait le pays en tous sens et se souvenait de tous ceux qu'il avait croisés, ça n'est pas un mythe. Aujourd'hui, encore, les gens lui écrivent des lettres le 11 septembre (date de son suicide), ils déposent des offrandes sur sa tombe, font des vœux, lui demandent conseil sur la vie, l'amour, la politique… »
Allende mi abuelo Allende sortira au Chili en septembre dans une vingtaine de villes. Marcia Tambutti ne sait pas s'il sera beaucoup vu : « Les Chiliens ne vont guère au cinéma, encore moins pour y voir des documentaires. » Elle ne sait d'ailleurs pas à quel public il s'adresse. C'est une question qu'elle ne se posait pas. Sur bien des points, Allende mi abuelo Allende est un film de famille comme un autre, une quête thérapeutique qui ne cherche pas à soulager un peuple, ou à le faire réfléchir, mais à soulager quelques invididus et à leur tisser une mémoire.
L'apprentie cinéaste a souvent douté du bien-fondé de son entreprise, et ses interlocuteurs, sa mère comprise, lui ont souvent reproché son intrusion. Mais elle est aujourd'hui au pays (ce qu'elle n'avait pas prévu à l'origine) et elle a le sentiment d'un devoir accompli. Son premier public était le clan Allende, qui s'est réuni pour une projection et dont les discussions se sont prolongées « tard dans la soirée ».    
Marcia Tambutti Allende quinzaine des réalisateurs
Quinzaine des réalisateurs 2015

samedi 4 octobre 2014

L’ÉTONNANTE ACTUALITÉ D’UNE POLITIQUE ÉTRANGÈRE


En août 1971, Washington annonce la fin de la convertibilité du dollar en or, augmente de 10 % les taxes aux importations, réduit de 10 % son aide extérieure, dévalue le billet vert et procède à d’importantes émissions d’obligations pour financer la guerre au Vietnam, la course à l’espace et des investissements en Europe, au Canada et au Japon. Ces mesures portent préjudice à plusieurs pays du Sud, qui voient diminuer la valeur de leurs réserves en dollars.

Les pays d’Amérique latine se réunissent le mois suivant à Buenos Aires pour analyser la situation dans le cadre de la Commission spéciale de coordination latino-américaine (CECLA (4)). Même les Etats gouvernés par des dictatures font le déplacement. Dans la capitale argentine, Gonzalo Martner, ministre chilien de la planification, développe ses propositions pour un nouveau système monétaire international : il suggère tout d’abord de protéger les monnaies nationales contre les dévaluations du dollar en rompant leur lien avec le système monétaire international. Il propose ensuite de chercher un mécanisme susceptible de faire participer les pays en développement aux grandes décisions de politique monétaire internationale. Il demande enfin une conférence internationale où seraient représentés tous les intérêts économiques de la planète. Chargée de réformer le système monétaire, elle serait dotée de plus de ressources pour les pays en développement, qui pourraient les utiliser librement.

Un nouveau rôle pour la Cnuced

Dans son discours d’ouverture de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced) à Santiago, en avril 1972, devant quelque 3 000 délégués et observateurs issus de 131 pays, Allende, met — déjà ! — en garde contre la politique des Etats-Unis, du Japon et de la Communauté économique européenne (CEE, ancêtre de l’actuelle Union européenne) visant à démanteler progressivement les obstacles au libre-échange. Selon lui, « libérer le commerce (...) efface d’un trait les avantages que le système de préférences généralisées (5) apporte aux pays en développement ».

Mais la principale menace pour le tiers-monde, poursuit Allende, réside dans le fait « que les trois grandes puissances économiques prétendent mettre en place cette politique non pas à travers la Cnuced, mais à travers le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade, ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce) ». Or, le GATT n’est pas soumis aux principes de l’Organisation des Nations unies (ONU), sa composition n’a rien de représentatif et l’organisation a démontré un souci particulier pour les intérêts des pays dominants...

Allende lance un appel pour la défense de la Cnuced, forum le plus représentatif de la communauté mondiale puisqu’il permet de négocier les questions économiques et commerciales sur un plan d’égalité juridique : les peuples du tiers-monde, qui n’ont «pas pu[s’]exprimer à Bretton Woods » ni dans d’autres colloques fondateurs du système financier international, ont besoin d’un outil efficace pour défendre leurs intérêts, avance-t-il. Il propose donc de transformer la Cnuced en institution permanente, susceptible de devenir « le principal et le plus efficace des instruments pour que le Tiers-monde négocie avec les nations développées ».

Dans cette optique, la Cnuced endosserait quatre grandes missions. Tout d’abord, réfléchir à « un nouveau système monétaire, étudié, préparé et géré par toute la communauté internationale, qui devrait s’occuper du financement du développement des pays du Tiers-monde tout comme de l’expansion du commerce international ». Constatant ensuite que la dette externe « constitue un des principaux obstacles aux progrès », Allende propose que la Cnuced se charge d’en effectuer un « audit » (lui parle d’« étude critique sur la manière dont le tiers-monde a contracté sa dette externe »). La troisième mission consisterait à développer des médias contrôlés par l’ONU, pour compenser la concentration de l’information et de la publicité aux mains de consortiums qui « ne font qu’augmenter notre dépendance et sont en train de détruire nos valeurs culturelles ». Allende suggère enfin que la Cnuced étudie un « plan de désarmement de manière à destiner un pourcentage important des frais liés à la production d’armes et à la guerre, à un fonds de développement humain homogène, chargé, entre autres, d’octroyer des prêts à long terme aux entreprises et aux pays du tiers-monde ».

Quelques mois plus tard, devant l’Assemblée générale de l’ONU, en décembre 1972, Allende met en garde contre l’accroissement du pouvoir des multinationales qui échappent au contrôle démocratique : « Nous sommes devant un véritable conflit frontal entre les corporations multinationales et les Etats. En effet, leurs décisions fondamentales — politiques, économiques et militaires — sont influencées par des organisations globales qui ne dépendent d’aucun Etat et dont l’ensemble des activités ne rend de compte à aucun parlement ».

Intégration latino-américaine

Entre 1970 et 1973 le paysage politique latino-américain est plutôt adverse au gouvernement de l’UP. Le Brésil, l’Argentine et la Bolivie (depuis août 1971) se trouvent sous le joug de dictatures militaires (ils seront bientôt rejoints par l’Uruguay). La Colombie est gouvernée par un conservateur, Misael Pastrana, et le Venezuela par un social-chrétien, Rafael Caldera. Seuls les militaires péruviens « réformistes » regardent avec sympathie l’expérience socialiste chilienne, tout comme le président du Mexique, Luis Echeverría.

Le Chili d’Allende pratique une diplomatie soignée. Il réussit à soumettre à l’arbitrage de la couronne britannique les délicats litiges frontaliers avec l’Argentine. Et, avant le coup d’Etat de 1971 en Bolivie, il négocie avec La Paz le rétablissement de relations diplomatiques accueillant favorablement la demande maritime bolivienne (6). En même temps, le Chili accorde l’asile à des milliers d’exilés politiques des pays latino-américains en dictature.

Le gouvernement d’Allende repousse le panaméricanisme — bloc de toute l’Amérique avec prééminence des Etats-Unis— et son bras politique, l’Organisation des Etats Américains (OEA), qui siège à Washington. Une communauté d’intérêts entre des économies faibles et la principale puissance est impossible, affirme Allende, qui propose que l’OEA devienne un lieu de dialogue entre les Etats-Unis et l’Amérique latine.

La diplomatie de l’UP prône la création d’un «système latino-américain » « d’intégration et de complémentarité de nos économies, dans le cadre de l’association latino-américaine de libre commerce et du marché commun des pays andins (7) ». Elle encourage le développement du marché commun entre les pays du « Pacte andin (8) » et soutient vivement leur « Décision 24 », qui régule les investissements étrangers, limitant la concurrence entre les pays et fixant un plafond de 14 % au rapatriement de capitaux des entreprises étrangères.

Ces idées sont précisées dans le Conseil latino-américain économique et social, en septembre 1971, à Panama ; Gonzalo Martner y formule quatre propositions intégrationnistes : 1) demander aux Etats-Unis un moratoire sur la dette externe pendant une décennie pour affecter ces sommes aux politiques de développement ; 2) créer une banque centrale latino-américaine pour « placer les réserves de l’Amérique latine, dont 70 % se trouvent aux Etats-Unis », recevoir « les dépôts et les actifs de la région » et coordonner les opérations des banques centrales afin de protéger la région des turbulences financières ; 3) promouvoir la création d’un fonds mondial de technologies pour le développement, alimenté des apports obligatoires en licences, procédés industriels et autres fonds destinés à la recherche, de manière à limiter les abus associés à la propriété technologique ; 4) créer une organisation latino-américaine pour le développement de la science et de la technologie appropriée à la région.

Six semaines avant le coup d’Etat du 11 septembre 1973, le ministre des affaires étrangères Orlando Letelier (9) constate que l’utilisation du dollar constitue un obstacle important au commerce entre les pays du pacte andin. Il propose de l’éviter en cherchant d’autres instruments d’échange : « Il sera peut-être nécessaire de concevoir un moyen de paiement propre et autonome (10)  ».

Même si pratiquement aucune de ces idées, énoncées il y a quarante ans, n’a pu se concrétiser, elles restent d’une actualité saisissante. Le rétablissement des relations entre le Chili et la Bolivie passe toujours par la demande maritime bolivienne. La plupart des gouvernements latino-américains ont rejeté une nouvelle version du panaméricanisme, présentée par Washington sous la forme d’une zone de libre-échange allant de l’Alaska à la Terre de feu (11), optant pour une organisation propre, excluant les Etats-Unis (la Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes, CELAC). Et l’idée d’un système financier régional alimenté avec les réserves des banques centrales fait, peu à peu, son chemin (12), tout comme la réflexion sur le poids politique des médias (13), sur le poids économique du dollar ou la légitimité du fardeau de la dette externe (14)...

Jorge Magasich
Historien, chargé de cours à l’Institut des hautes études des communications sociales de Bruxelles, auteur de Los que dijeron « No ». Historia del movimiento de los marinos antigolpistas de 1973, LOM, Santiago (Chili), 2008.
NOTES :

(1) Communistes, Socialistes (à l’époque plus à gauche que les communistes), Radicaux (laïques), MAPU (chrétiens de gauche devenus marxistes) et l’IC (gauche chrétienne). Le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR, inspiré de la révolution cubaine), apporte un soutien critique de l’extérieur.

(2) Discours d’Allende lors de la séance d’inauguration de la Cnuced III, Santiago, avril 1972.

(3) Amérique-latine : Cuba et Guyana. Afrique : Congo, Guinée-équatoriale, Libye, Madagascar, Nigeria, Tanzanie et Zaïre. Europe : Albanie, République démocratique allemande et Hongrie. Asie : Afghanistan, Bangladesh, Cambodge, Corée du Nord, Chine, Mongolie, Vietnam (gouvernement provisoire) et Vietnam du Nord.

(4) Créée en 1964 à l’initiative de dix-neuf pays latino-américains réunis à Alta Gracia (Argentine) pour préparer la première réunion de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced) ; elle dénonce le caractère discriminatoire du commerce international et propose la création d’un Fonds mondial pour financer l’alimentation, dans le système de l’Organisation des Nations unies (ONU).

(5) Avantages douaniers pour les pays en développement mis en place en 1968 : certains produits peuvent arriver sur les marchés des pays du « Nord » avec peu ou pas de taxes douanières, sans réciprocité.

(6) La Bolivie a été privée de sa province maritime en 1883, annexée par le Chili après la « guerre du salpêtre ». Depuis lors, pratiquement tous les gouvernements boliviens ont demandé un accès à la mer. Les deux pays n’ont pas de relations diplomatiques à cause de ce dossier.

(7) Discours devant l’assemblée générale de l’ONU, 4 décembre 1972.

(8) La Bolivie, le Chili, la Colombie, l’Équateur et le Pérou venaient de signer la « Déclaration de Cartagena » en 1969. Le Venezuela y adhérera en 1973.

(9) Assassiné par la police secrète de la dictature chilienne en septembre 1976 à Washington, où il était exilé.

(10) Martner Gonzalo, 1988, El Gobierno del Presidente Salvador Allende, 1970-1973. Una evaluación, Ed. Prog. de Estudios del Des. Nac. y Ediciones literatura americana 193-198 ; 214.

(11) Dorval Brunelle, « De l’Alaska à la Terre de feu, le tout-commerce à l’œuvre », Le Monde diplomatique, avril 2001.

(12) Damien Millet et Eric Toussaint, « [Banque du Sud contre banque mondiale », Le Monde diplomatique, juin 2007.

(13) Lire Renaud Lambert, « En Amérique latine, des gouvernements affrontent les patrons de presse », Le Monde diplomatique, décembre 2012.

(14) Eric Toussaint et Damien Millet, « Payer la dette : l’Equateur dit “non” », Le Monde diplomatique, juillet 2011.

mercredi 10 septembre 2014

ALLENDE EXEMPLE INALTÉRABLE

Pourquoi ces compagnies avaient demandé ça ?

 LE PRÉSIDENT SALVADOR ALLENDE GOSSENS 
Parce que le programme du gouvernement d’Allende contemplait la nationalisation des mines du cuivre du Chili. Allende s’est basé dans la loi internationale pour récupérer ces mines qui depuis plus de 50 ans avaient été exploitées par des compagnies transnationales étasuniennes. Cette loi est la RÉSOLUTION 1803 de Nations Unies (vous pouvez lire les 8 articles, très courts et très clairs «Souveraineté permanente sur les ressources naturelles »).

Cette Résolution avait été adoptée en 1962, huit ans avant la campagne présidentielle d’Allende.

Allende estimait que les énormes richesses de ces mines de cuivre devaient être employées pour construire des hôpitaux, des écoles, des universités, des routes, enfin ces richesses devaient bénéficier son propre pays et non pas des compagnies transnationales étasuniennes. Allende s’est appuyé sur cette loi de Droit International.

Allende avait explique son propos, des mois de préparations,  et c’est ainsi que les élus de la république du chili se sont réunis en Congrès, sénateurs et députés, et ils ont voté  à la majorité absolue (sauf quelques personnes) la nationalisation des mines de cuivre du Chili.

Allende avait osé défier le pouvoir financier. Avait osé entraver par la loi de Nations Unies ce que ces grandes compagnies transnationales considéraient comme leur « affaire ».

Le peuple chilien avait voté pour Allende, les élus de la république avaient tranché en faveur de cette loi. Enfin ces richesses allaient profiter aux habitants de ce pays…

Ce pays avec un nom si particulier où la nature  --l’évolution de milliers de siècles  de masses telluriques--  avait placé  ces immenses mines de cuivre, le Chili.

 LE PRÉSIDENT SALVADOR ALLENDE GOSSENS 
L’exemple de comment Allende avait travaillé politiquement cette récupération des richesses du Chili n’était pas une bonne chose à laisser se répandre sur ces terres gigantesques,  regorgeant des richesses, de l’immense América del Sur. Il fallait que le modèle de soumission soit préservé à tout prix. A tout prix, même l’assassinat, come cela se faisait depuis de décennies. A tout prix maintenir la politique de prédation ;  il fallait décourager les autres pays de l’Amérique Latine…  ils n’ont pas hésité à tuer la vie démocratique du chili, c’est fut le 11 septembre 1973, le crime a eu lieu il y 41 ans.

Allende,  le président de ce pays,  ne s’est pas laissé impressionner par le déploiement de l’armée. Les militaires voyant qu’Allende ne se rends pas, donnent l’ordre de bombarder le palais présidentiel. C’est un acte de guerre, un acte de guerre contre une trentaine de personnes réunis autour d’Allende. Des bombes lancées depuis des avions contre une trentaine de personnes que n’avaient commis d’autre faute que d’être élus par le peuple pour accomplir un programme de gouvernement.

Allende est un exemple. Exemple de respect de la parole engagée, exemple de courage pour faire respecter le droit des citoyens du Chili à disposer de ses propres richesses.

Du coup son exemple deviens notre « richesse » ;  transcende comme l’eau lustrale d’une source vive, comme le vent  vient nous inviter à inaugurer les nouveau chemins… celui de l’humanité  émancipée.

Honneur à toi cher camarade Salvador Allende.

Honneur à vous, Monsieur le Président du Chili.

mardi 7 janvier 2014

CHILI : LA COUR SUPRÊME CONCLUT AU SUICIDE DE SALVADOR ALLENDE

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Selon le rapport de la Cour, dont un extrait est publié sur le site du journal chilien La Tercera, le 11 septembre 1973 Salvador Allende s'est dirigé vers le salon de l'Indépendance, « fermant la porte derrière  lui » : « Une fois à l'intérieur, il s'assit sur un canapé, mis le fusil dont il disposait entre ses jambes, le plaça contre son menton puis l'actionna, provoquant sa mort immédiate. »

LA THÈSE DU COMPLOT PUTSCHISTE ÉCARTÉE

La procédure a débuté en mai 2011, lorsque la dépouille de Salvador Allende est exhumée dans le cadre d'une procédure ouverte pour déterminer les causes réelles de sa mort. Des homme politiques et journalistes étrangers estimaient qu'Allende avait pu être assassiné par un putschiste, d'autres évoquaient un possible « suicide assisté », au cours duquel le président aurait raté sa tentative et un garde du corps lui aurait tiré le coup de grâce.


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Mais quelques mois plus tard, des experts médicaux chiliens concluaient au suicide, confirmant ainsi la thèse officielle, soutenue par les proches de l'ex-président qui avait juré de mourir les armes à la main.


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En septembre 2012, une cour d'appel avait validé le rapport du juge Mario Carroza, accréditant lui aussi la théorie du suicide. Selon le rapport, Salvador Allende aurait utilisé un fusil automatique AK-47 qui lui avait été offert par Fidel Castro, au moment où le palais de La Moneda était en train d'être bombardé par l'armée.