mardi 12 septembre 2017

AFFICHES DE L'UNITÉ POPULAIRE





Les années de l'Unité Populaire ont été le point culminant d'une grande effervescence culturelle et militante au Chili. En témoignent les "murales", ces fresques peintes sur les murs des villes chiliennes qui font partie de la culture politique populaire et constituent un témoignage graphique irremplaçable. A voir absolument l'exposition virtuelle sur les arts graphiques Breve Imagineria Politica durant la période de l'Unité Populaire (fresques murales, affiches…) est en ligne sur le site en espagnol.

COMPTE RENDU DE LA «SOIRÉE POLITIQUE ET CULTURELLE D’HOMMAGE À SALVADOR ALLENDE»


Une salle pleine a accueilli les différents intervenants, responsables politiques et diplomates, venus évoquer la pensée et l’œuvre du Président chilien et souligner l’actualité de son héritage.

la soirée a débuté par le dévoilement d’un grand portrait d’Allende, oeuvre du peintre Henri Muñoz-Horeau.

Mélina Cariz, maîtresse de cérémonie, a lu un message envoyé par Guillermo Teillier, Président du PCCh.

Jacques Fath, responsable des Relations internationales du PCF, a souhaité la bienvenue aux participants, excusé l’absence de la secrétaire nationale, Marie-George Buffet, retenue par le congrès de l'ANECR, et souligné l’actualité pour l’Europe de l’œuvre d’Allende.

En rappelant d’autres activités conjointes des communistes français et chiliens (la commémoration des trente ans du coup d’Etat et les hommages à Pablo Neruda et à Gladys Marin), le responsable communiste a montré la dimension qu’a encore aujourd’hui la figure d’Allende, un révolutionnaire qui occupe une place particulière dans l’histoire du siècle dernier.

J. Fath a fait ressortir la démarche unitaire de S. Allende pour construire un mouvement participatif, indépendant et populaire qui voulait, avec la participation des travailleurs organisés et grâce à de nouvelles institutions, établir une véritable démocratie ainsi que l’indépendance économique du pays.

D’après lui, les expériences progressistes qui surgissent en Amérique Latine (AL) «dignes héritières des idées défendues par S. Allende» soulèvent d’énormes espoirs. Ces rassemblements populaires, a-t-il ajouté, dont on commence à percevoir les fruits, sont en butte à l’agressivité des Etat-Unis, bien que le rapport de forces se soit incliné en faveur des peuples.

J. Fath a souligné la diversité de formes qu’adoptent ces mouvements émancipateurs, chacun suivant la route à son rythme, et révélateurs de la volonté profonde de transformation sociale des ces peuples qui ont survécu à de sanglantes dictatures.

Tout en rappelant l’état d’avancement de la lutte dans certains pays, le responsable communiste a salué la présence à la tribune de plusieurs personnalités, notamment celles de Madame Luzmila Carpio, ambassadrice de Bolivie, et de Leyde Rodriguez, conseiller politique de l’ambassade de Cuba.

Il a tenu à réaffirmer l’indéfectible solidarité du PCF envers le peuple cubain face au blocus américain et envers le peuple bolivien dans sa lutte émancipatrice pour établir une nouvelle constitution. Il a aussi exprimé ses vœux de succès aux forces révolutionnaires vénézueliennes lors des prochaines élections régionales.

En évoquant les prochaines élections chiliennes, municipales en octobre 2008 et présidentielles en décembre 2009, J. Fath a dénoncé l’injuste loi binominale et a souhaité, aussi bien pour le Chili que pour la France, l’instauration d’élections à la proportionnelle.

Finalement, J. Fath, en saluant les participants à la table ronde, a rappelé l’attachement des communistes à cette page d’histoire qui a été écrite par l’Unité Populaire (UP). Et il nous a invités, comme S. Allende, à écrire l’histoire tous ensemble.

Après une brève mais chaleureuse intervention d’Odette Baltra, fille de Mireya Baltra, ancienne ministre du Travail de Salvador Allende, l’animateur de la rencontre, Obey Ament, responsable des Relations internationales pour l’Amérique Latine (AL) du PCF, a tour à tour offert la parole aux intervenants.

Fernando Valenzuela, responsable du Parti communiste du Chili en France, souhaite la bienvenue aux participants au nom de son organisation.

En cette année du centenaire de S. Allende, selon F. Valenzuela, les nombreux hommages partout dans le monde ont placé la figure du Président à sa juste mesure, après des années de silence dans son propre pays. L’œuvre d’Allende au-delà du gouvernement populaire est essentiellement un acte politique du futur car il s’est toujours appuyé sur le peuple et encore plus sur les travailleurs organisés au sein de la Centrale Unique des Travailleurs (CUT).

Le responsable communiste a insisté sur le fait que l’unité de classe a permis la création d’alliances politique progressistes telles que l’Unité Populaire basée sur les deux partis ouvriers, Communiste et Socialiste.

En conclusion, il a mis en évidence que l’héritage d’Allende doit être étudié et analysé car il peut servir d’exemple d’unité et d’action en recherchant de nouvelles formes de participation populaire.

Luzmila Carpio Sangueza, ambassadrice de Bolivie en France, a déclaré d’emblée qu’Allende, en nous montrant le chemin de la lutte populaire vers la liberté et la démocratie, faisait partie de “la gauche propre qui ne transige pas”, mais surtout qu’il nous a appris à devenir autonomes.

Mme l’ambassadrice a rejeté l’impunité des dictateurs, notamment de l'ex-président néolibéral Gonzalo Sánchez de Lozada, responsable de la mort de 63 Boliviens. Elle soulève les graves problèmes qui se posent actuellement en Bolivie, la droite fasciste de Santa Cruz refusant, par la violence et les armes, de partager les richesses avec le reste du pays. Cette situation fait l’objet, d’après Mme Carpio, de la préoccupation des amis latino-américains, mais elle reste optimiste car la Bolivie peut compter sur l’appui de l’ensemble des pays du sous-continent groupés dans l’Unasur et aussi parce que l’expérience bolivienne ne concerne pas uniquement ce pays mais tout le monde. Tout le monde, dit-elle, car il faut regarder la Bolivie comme un camarade de lutte puisque le peuple bolivien aujourd’hui s’organise et se bat pour améliorer ses conditions de vie.
Elle a finalement manifesté la volonté du gouvernement de récupérer les ressources naturelles au profit du peuple et de refonder le pays à travers l’établissement d’une nouvelle Constitution.

«Evo est le Président d’une multitude qui s’autogouverne» a affirmé la représentante du peuple bolivien, en invitant à crier tous ensemble « plus jamais la dictature ! ».


Jack Ralite, ancien ministre, sénateur du Parti Communiste Français, commence son intervention en déclarant que le suicide d’Allende était un acte de dignité historique. Après avoir rappelé les circonstances du terrible coup d’Etat de Pinochet, il a remémoré les conditions de l’enterrement de Neruda, quelques jours après. Le sénateur s’est souvenu des morts, des prisons, notamment du stade national de Santiago, et l’arrivée des Chiliens survivants en France, leur installation dans les villes de gauche telles que Pantin ou Colombes, où il y a eu d’importantes communautés.

M. Ralite a évoqué le souvenir de l’un d’entre eux, Sergio Ortega, le compositeur de «El pueblo unido» qui a vécu en Seine-Saint-Denis et dirigé le Conservatoire de musique de Pantin. Il a aussi parlé de Carmen Hertz, l’épouse d’un disparu avec laquelle des activités ont été organisées. Ou encore il s’est souvenu de José Balmes, au moment de l’organisation de «Chile crea» en 1987, une initiative pour la vie, la civilisation et la culture.

Selon M. Ralite, aujourd’hui les pays qui ont pris le chemin de processus progressistes en Amérique Latine, interpellent les pays européens, notamment la France, car à travers eux l’héritage d’Allende se réalise.

Il a fini son allocution en invitant les participants au débat à défendre et mettre en oeuvre cet héritage car, dit-il, «nous serions inaccomplis» en ne le faisant pas.

Antoine Blanca, diplomate et historien, a précisé qu’il intervenait dans cette réunion en tant que représentant officiel du PSF.

M. Blanca qui a suivi de près le parcours du gouvernement populaire, rappelle que la première destination de F. Mitterrand nouvellement élu secrétaire général du PSF fut le Chili d’Allende car il représentait le symbole de l’union de la gauche.

La lutte pour la libération des prisonniers politiques après le coup d’Etat, d’après M. Blanca, et l’engagement de tous les secteurs de la gauche française, y compris les chrétiens, contre les crimes de Pinochet, a été un temps fort de la solidarité.
Il a rappelé l’énorme manifestation de 60.000 personnes organisée dans l’urgence par les instances politiques devant l’ambassade du Chili. L’un de ses souvenirs impérissables reste sa participation à l’enterrement de Pablo Neruda au cimetière de Santiago, qui constitue un des premiers actes de résistance contre le régime, au risque, pour les nombreux présents, de perdre la liberté, voire la vie. Il a aussi évoqué son amitié personnelle avec le chanteur Victor Jara, pour rappeler par la suite le rôle joué à l’époque par l’ambassadeur de France au Chili, M. De Menton, qui n’a pas hésité à ouvrir les portes de l’ambassade aux persécutés.

D’après M. Blanca le symbole de S. Allende se retrouve dans tous les événements émancipateurs en cours aujourd’hui en AL dont Allende serait fier. Il regrette cependant de ne pas retrouver, ni au Chili, ni en France, toute l’émotion et l’enthousiasme de cette époque et propose de soutenir sans tarder ces processus en se demandant s’il « faut attendre qu’il y ait des assassinats de démocratie pour réagir».

Leyde Rodriguez Hernandez, conseiller politique de l’ambassade de Cuba en France, a évoqué ce qu’Allende représentait pour le peuple cubain et la douleur ressentie à sa disparition. Il a retracé les visites et rencontres entre le peuple cubain et S. Allende. Déjà en janvier 1959, Allende était à La Havane, par la suite il est revenu en 1966 à l’occasion de la Tricontinentale et en 1972, en tant que Président du Chili, de retour de l’ONU.

M. Rodriguez Hernandez a poursuivi en rappelant qu’Allende, en 1968, avait accompagné les survivants de la guérilla du Che jusqu’à leur arrivée à Tahiti pour les confier personnellement à l’ambassadeur cubain en France.

En soulignant le courage, l’humanisme, la solidarité, la fidélité au marxisme et au socialisme d’Allende, le représentant cubain a affirmé que ces qualités lui ont coûté l’hostilité et l’agressivité de l’empire américain.

Selon M. Rodriguez., le triomphe électoral d’Allende en septembre 1970 est devenu le paradigme de l’ascension au pouvoir d’un gouvernement tourné vers le socialisme.

M. Rodriguez a constaté que ceux qui ont organisé le coup d’Etat contre Allende sont les mêmes qui ont attenté plus de 600 fois à la vie de Fidel, qui ont tenté un coup d’Etat contre Chavez en 2002, qui ont organisé le génocide dans la province de Pando en Bolivie, et qui mènent des actions terroristes contre Cuba.

Les peuples d’AL se réveillent de 200 ans de soumissions, a-t-il poursuivi, et l’héritage d’Allende est plus d’actualité que jamais car il représente la tradition de lutte du peuple latino-américain. Il constate aussi que l’impérialisme a perdu du terrain et que les conditions de lutte sont plus favorables aux peuples.

Cuba, fidèle à sa tradition internationaliste, a-t-il affirmé, n’a jamais faibli depuis dans la solidarité, même dans des conditions difficiles. Cuba, en résistant, espère que le XXI siècle verra triompher les idées d’Allende, du Che, de Morales, de Chavez sur le continent, a-t-il déclaré pour terminer.

René Piquet, ancien député européen, ancien vice-président du Groupe Gauche Unitaire Européenne- Gauche Verte Nordique (GUE-GVN), a affirmé que l’expérience chilienne est une histoire d’actualité, de générosité et d’unité.

M. Piquet a rappelé qu’il a été le dernier dirigeant communiste français à se rendre au Chili avant le coup d’Etat de Pinochet, ce qui lui a permis de vivre la combativité, l’unité, l’enthousiasme des gens. Il a également fait remarquer que l’histoire est un legs que nous recevons et qui nous aide à prendre des décisions.

Il a souhaité faire ressortir plusieurs points liés aux expériences politiques comme celle de l’UP. Tout d’abord, il a noté que rien ne se fait, dans le combat politique, sans l’engagement des peuples, des gens. Cette présence, a-t-il insisté, est l’essentiel, tandis que les partis ou autres organisations ne représentent que des moyens. Ensuite, a-t-il dit, la violence et la dictature sont toujours imposées par les classes privilégiées et de là le combat pour la démocratie devient essentiel car il crée les liens entre les gens et permet à chacun de s’exprimer. Le besoin de transformation, a continué M. Piquet, est toujours d’actualité.

Finalement M. Piquet a soutenu que la fragilité est propre au monde actuel et que la démonstration faite par le capitalisme de son incapacité à résoudre ses problèmes souligne encore plus la nécessité de changer de système pour construire un autre monde.

Alexis Corbière, premier adjoint à la mairie du 12ème arrondissement de Paris et représentant le sénateur Jean-Luc Mélenchon, apporte les salutations de celui-ci aux participants au débat.

Pour M. Corbière, l’histoire de la lutte d’Allende représente une pierre dans l’histoire des luttes émancipatrices. Une des leçons à tirer de l’exemple chilien est, selon M. Corbière, l’union de toutes les forces politiques de gauche, y compris en dehors de l’Unité Populaire, c'est-à-dire, le MIR.

L’expérience de l’Unité populaire d’Allende est, d’après M. Corbière, exemplaire en plusieurs points, y compris pour la France. D’abord la mobilisation populaire qui assure les voix électorales, ensuite l’union des forces de gauche, qui met l’accent sur la question sociale sans laquelle aucune force politique d’envergure et stable ne pourra être créée. Enfin, il met en valeur la mise en place d’une politique de développement culturel par le gouvernement de l’Unité Populaire.

Armando Uribe Echeverria, Président du Parti Socialiste du Chili en France, a débuté son intervention en affirmant que cet hommage à Allende était très émouvant.

Il a ensuite raconté son périple, au moment du coup d’Etat, depuis Beijing, où son père était diplomate, nommé par Allende, jusqu’à son arrivée à Paris. C’est en France qu’il s’est abreuvé aux sources de la république et de la révolution française.

M. Uribe a, par la suite, développé son hypothèse sur la nation chilienne. Il a notamment souligné que la nation chilienne a eu l’occasion d’exister très peu de fois dans l’histoire. Il a identifié trois moments depuis l’Indépendance du pays : en 1890 lors des grands mouvements sociaux, au moment de la création des partis politiques populaires (radical, communiste, socialiste) au début du XXème siècle, et à la fin des années 30 lors de l’ascension de Pedro Aguirre Cerda au gouvernement. D’après M. Uribe, l’identité de la nation chilienne a été réveillée par les campagnes électorales et l’élection d’Allende à la Présidence. Dans ce sens, selon M. Uribe, Allende est un grand patriote car il a participé à la création de cette nation, une raison supplémentaire pour vouloir le supprimer, par la force, et jusqu’à son souvenir.

Aujourd’hui au Chili, a-t-il poursuivi, après avoir écarté Pinochet de la Présidence par une négociation nécessaire en 1989, la fracture politique ne fait que croître. Ceci, a-t-il continué, souligne le besoin urgent de retrouver une vie politique et démocratique dans le pays. C’est avec cet objectif, a finalement annoncé M. Uribe, qu’arrive le récent document unitaire signé par pratiquement tous les partis politiques anciennement membres de l’Unité Populaire.

Des messages de salutations ont été lus au cours de la soirée par la maîtresse de cérémonie :

de Mario Figueroa, avocat, professeur universitaire membre du Parti Socialiste Chilien,
d’ Olivier Duhamel, juriste, professeur de Droit à Sciences Po, journaliste.

La soirée s’est poursuivie par un acte culturel sous la grande coupole de l’édifice conçu par Oscar Niemeyer.

Michael Batz, directeur artistique du festival « Allende 100 », a pris la parole pour se rappeler avec émotion de deux moments qui ont marqué sa vie : l’élection du Président S. Allende et le jour du coup d’Etat de Pinochet.

Cette partie culturelle a vu la participation du groupe Trio Sans Frontières de Polo Gomez et du groupe de Libercanto. Des extraits de textes de Neruda ont été lus, entre les présentations musicales, par Quentin Bouissou et Adrien Le Ray.

Un vin d’honneur a été offert aux participants pour clore cette initiative à laquelle ont pris part plus de deux cent cinquante personnes.

Juan Carlos Cartagena.

mardi 27 juin 2017

QUAND ALLENDE SAUVAIT LES COMPAGNONS D'ARMES DU CHE

Nous sommes en 1967, et le "Che" vient de mourir assassiné en Bolivie, le 9 octobre. Ses compagnons d'armes cherchent un refuge, un asile. Episode méconnu, c'est au Chili qu'ils vont le trouver, grâce à l'intervention du leader de gauche chilienne Salvator Allende. Il va aller jusqu'à accompagner les guérilleros à Tahiti, où ils seront remis aux autorités françaises, avant d'être envoyés à Cuba.

Largement oublié, ce chapitre de l'histoire de Salvador Allende montre bien la situation difficile, tant sur un plan personnel que politique, de celui qui a tenté la transition vers le socialisme en respectant les institutions et la démocratie.
Après s’être cachés durant quatre mois dans la forêt vierge bolivienne, les trois rescapés du combat de la "Quebrada del Yuro", le 8 octobre 1967, ont un seul objectif: rentrer à Cuba le plus rapidement possible. L'exportation de la lutte armée en Amérique du sud a du plomb dans l'aile, et l'idée première des Cubains, à savoir d'installer la guérilla sur le continent, est abandonnée. Les fugitifs ne peuvent ni passer par le Pérou, ni par l'Argentine ni même encore par le Brésil, où ils sont recherchés. Leur seule option : le Chili, et Salvador Allende, qui en plus d'être un ami du "Comandante" Guevara, préside l'Organisation latino américaine de solidarité (Olas), qui promeut et soutient les mouvements révolutionnaires dans la région.

Allende s'engage donc à aider les révolutionnaires en déroute: "C'est le moins que je puisse faire en mémoire de Guevara", expliquera-t-il plus tard. Mais le plan qui consistait à les récupérer à la frontière entre le Chili et la Bolivie échoue, malgré un dispositif important (100 personnes sont envoyées tout au long de la frontière pour les récupérer, parmi lesquels Beatriz Allende, fille et secrétaire de Salvador Allende). Les guérilleros rentrent tout de même au Chili, mais sont immédiatement arrêtés par les autorités locales, puis transférés à Santiago. Le Président de la République de l'époque, le démocrate chrétien Eduardo Frei Montalva, un anticastriste farouche, est sous un feu nourri de pressions contradictoires: d'un côté, la Bolivie veut l'extradition des Cubains pour les juger; de l'autre, la gauche chilienne soutient les compagnons de route du Che. Allende organise alors une campagne de presse de grande envergure. Finalement, le gouvernement Frei cède, et accepte d'envoyer les révolutionnaires à Cuba.

Le Chili et la France, pays voisins

Reste à régler le problème du trajet de retour des guérilleros. Car aucun des pays voisins du Chili n'autorise leur avion à survoler ses terres. Ramon Huidobro, à l'époque Directeur de cabinet de Gabriel Valdez, ministre des Affaires étrangères de Frei, raconte la réunion où tout s'est joué : "A un moment, j'ai pris la parole pour expliquer que la seule solution était de remettre les guérilleros à la France, pays avec lequel le Chili avait une frontière commune. Tout le monde m'a regardé comme si j’étais fou, mais au final c'est mon idée qui a été retenue". Car si les deux pays semblent très éloignés, l'île de Tahiti et l'île de Pâques, rattachée au Chili, sont bien voisines. Le gouvernement chilien affrète donc un avion, et pour s'assurer de leur sécurité, Salvador Allende accompagne les guérilleros du Che jusqu'à Tahiti. Un voyage qui va lui coûter cher, "parce qu'il lui a ouvert un flanc de critique fort sur sa droite", explique un de ses anciens conseillers.

"Personne n'a jamais compris le geste humain de Salvador. Il n'a jamais subi d'attaques plus dures, les journaux l'accusaient d'avoir détruit le prestige du Sénat en s'affichant avec des guérilleros", dira plus tard sa femme, Hortensia Bussi. Car si Allende a toujours refusé la voie armée comme méthode politique pour accéder au pouvoir, son comportement envers les guérilleros fait tâche d'huile. La droite cherche à le faire destituer constitutionnellement, et l'opposition s'en donne à coeur joie. Allende, lui, ne s'en soucie guère, et si sa femme est "indignée par les réactions", lui, "fait des blagues, et rit de cette histoire".

"A Salvador, qui par d'autres moyens cherche à obtenir le même objectif"

Lors de sa première rencontre avec le Che à Cuba, peu de temps après la révolution des Barbus, Allende se voit offrir un livre par le révolutionnaire, son "Manuel de la Guérilla", avec cette dédicace: "A Salvador, qui par d'autres moyens cherche à obtenir le même objectif". Une dédicace qu'Allende exhibe avec fierté à ses proches, et révélatrice de ce combat idéologique qui fait rage au sein de la gauche sud-américaine des années 60: le fusil ou le bulletin de vote. Et s'il a lui opté pour un autre chemin, il se sent solidaire de ses camarades de lutte, même s'ils n'ont pas choisi les mêmes armes que lui. Allende accédera ainsi au pouvoir par les urnes, avant d'être renversé par les armes trois ans plus tard.

Thomas Huchon

SALVADOR ALLENDE ET DES PERSONNALITÉS

AFFICHES DE L'UNITÉ POPULAIRE



Les années de l'Unité Populaire ont été le point culminant d'une grande effervescence culturelle et militante au Chili. En témoignent les "murales", ces fresques peintes sur les murs des villes chiliennes qui font partie de la culture politique populaire et constituent un témoignage graphique irremplaçable. A voir absolument l'exposition virtuelle sur les arts graphiques Breve Imagineria Politica durant la période de l'Unité Populaire (fresques murales, affiches…) est en ligne sur le site en espagnol.

EL MUSEO DE LA SOLIDARIDAD SALVADOR ALLENDE

El Museo de la Solidaridad Salvador Allende reabre sus puertas en un sitio simbólico de la dictadura. Una renovación posible, en parte, gracias al apoyo de la región Isla de Francia.

En la entrada del museo, una escultura futurista, en plexiglás y neón, rinde homenaje a Salvador Allende. ¡Y le hace una buena morisqueta a la CNI! La policía secreta de la dictadura militar había instalado sus cuarteles en este mismo sitio, en el 475 de la calle República. En esta linda casa de los años 20, después de 35 años de tumultuosa historia, el museo encontró al fin su morada.

En 1971, un grupo internacional de artistas, entre los cuales Luís Aragón, se encuentran en Chile. En signo de solidaridad con la experiencia socialista, deciden donar entonces sus obras al país. En dos años, se recolectarán más de 700 obras. Algunos meses más tarde, el golpe de estado viene a truncar la experiencia. En fin, casi, ya que un poco en todas partes del mundo, artistas y exiliados chilenos se reagrupan para continuar la recolección de obras. En varios países se abren Museos de la Resistencia, y todos se comprometen a enviar las piezas a Chile una vez restablecida la democracia. Esto se realiza en 1990. El “Museo de la Solidaridad” renace de sus cenizas, bajo la administración del presidente Aylwin. Pero hace algunos años, la casa de la calle Herrera empezó a mostrar signos de vejez. De allí la decisión de cambiar el museo a calle República, a un edificio completamente renovado por el arquitecto Miguel Lawner.

Una colección de 2800 obras

Un proyecto de más de un millón de euros, que la región Isla de Francia ha financiado en un 40%. Este apoyo se inscribe en el marco de una cooperación de diez años entre la región Isla de Francia y la región Metropolitana de Santiago. Iniciada hace un año y medio con motivo de un encuentro entre Isabel Allende, la hija del extinto presidente, el proyecto interesa particularmente a Jean Paul Huchon, que vino especialmente a Santiago para la inauguración. El actual presidente socialista de la región parisina se encontraba en Santiago el 11 de septiembre de 1973, de visita con un grupo de estudiantes socialistas. “Para un militante de izquierda eso es un recuerdo imborrable. Para nosotros, ha habido Jaurès, Blum y Allende”, ha declarado Jean Paul Huchon.

El museo abarca ahora 1800 metros cuadrados. Por ahora, sólo 88 de las 2800 obras legadas por la Fundación Allende están expuestas al público. Estas muestran un verdadero panorama del arte contemporáneo mundial, de los años 1950 a los años 1980, de Joan Miró a Antoni Tapies, pasando por Pierre Soulages.

Emmanuelle Michel

CHILI PAYS SISMIQUE

Entre la violence sociale et la violence naturelle le parallèle n'est pas gratuit, chaque Chilien le sait ou le pressent. Les avions que ce jour-là ont fait trembler la ville de Santiago et exploser le Palais présidentiel ont très vite annoncé la conception sismique que Pinochet se faisait du pouvoir.
Palais de La Moneda en flammes

La terreur policière et la violence sismique bouleversent le lien social de la même manière. Proche, voisin, ami, les ponts sont coupés, chacun est seul face à un pouvoir aveugle. La dissolution du lien social est le premier objectif de la terreur policière. Le groupe n’est d’aucun secours, chacun est seul comme face à la mort. La société imite la nature dans sa gestion du désastre. Dans les deux cas, la violence est d’autant plus redoutable que les lois qui la régissent restent opaques. Quand ? Qui ? Pourquoi ? Personne n'en sait rien. Le pouvoir est arbitraire. Il peut s'exercer à l'improviste au milieu de la nuit, vous cueillir dans l'endroit le plus secret, personne n'est à l'abri, son onde de choc traverse les frontières. Les femmes et les hommes qui ont osé le braver finissent soit broyés par la machine soit rejetés de l’autre côté de l’ocean. Cette terreur aveugle génère à la longue une forme de fatalisme qui conduit à la passivité.

La mise en scène d'un pouvoir écrasant a frappé les esprits dès les premières heures du putsch. Le bombardement du Palais de la Moneda n'avait pas d'autre but, frapper le sommet de l'état dans la personne de Salvador Allende dont cette année nous commémorons le centenaire, mais surtout frapper les imaginations, en rejouant le scénario traumatique des tremblements de terre. Le pouvoir militaire devant être ressenti désormais comme une force tellurique contre laquelle il est impossible de lutter.

Le tremblement de terre qui fut le putsch du 11 septembre 1973 et l’instauration du premier modèle néo-libéral a marqué le pays en profondeur. En effet, c’est ce modèle imposé à feu et à sang qui est resté hégémonique jusqu'au jour d'aujourd’hui, et c’est en son nom que toutes les exactions du régime Pinochet ont été justifiées.

L’émergence d’un nouveau pouvoir économique, d’une nouvelle classe d’affaires proche du cercle étroit des militaires a pu ainsi s’épanouir sans contrepoids, sur une terre ravagée par la répression et tétanisée para la terreur. Dans le jargon cher aux économistes de l’époque, on a appelé ces séquelles le «coût social», terme qui recouvrait le chômage de masse, l’iniquité et l’arbitraire, mais aussi les morts, les disparitions, les tortures. En un mot l’ignominie.


La recherche et le jugement de coupables reste encore en attente. Le report du procès en France contre les responsables de la disparition des quatre français sous la dictature, nous inquiète, tout comme la fermeture du procès qui avait pour but l’éclaircissement de l’assassinat de Victor Jara à Santiago du Chili.

Un juge chilien a refermé jeudi le dossier du meurtre de Victor Jara mais la famille de ce chanteur engagé, tué il y a 35 ans sous la dictature d'Augusto Pinochet, a protesté parce qu'elle estime que tous les responsables n'ont pas été poursuivis. « C'est incroyable, je ne m'attendais pas à cela », s'est insurgée la danseuse britannique Joan Jara, veuve du chanteur. « Cela m'inquiète beaucoup qu'un cas aussi emblématique soit refermé de la sorte. Qu'adviendra-t-il des autres cas du stade du Chili de Santiago ? » Les avocats de la famille ont annoncé qu'ils feraient appel.

Une bonne nouvelle secousse à provoqué l’arrestation d’une centaine d'ex-agents de Pinochet.

Une centaine d'anciens soldats et membres de la police secrète d'Augusto Pinochet, la Dina, ont été arrêtés, lundi 26 mai 2008, au Chili, dans le cadre d'une enquête sur l'enlèvement et l'assassinat de quarante-deux personnes, au début de la dictature, au cours de l'opération Colombo. Un dossier pour lequel l'ancien dictateur avait perdu son immunité. Mort en 2006, Augusto Pinochet n'a jamais répondu de ses actes devant les tribunaux.